Communiqué Europalter
Par Elise Lowy le mercredi 26 mai 2010, 23:27 - Lien permanent
Altermondialistes et écolos : on continue toujours.
La crise continue, s'amplifie. Pour la première fois en Europe, un pays, la Grèce est soumis à un plan d'ajustement structurel. La pauvreté, la précarité et le chômage augmentent pendant que les banques restaurent leurs bénéfices. Les atteintes à la liberté des personnes et à la démocratie sont de plus en plus fortes. Les dérèglements climatiques, la perte de la biodiversité ont des impacts de plus en plus visibles. Une nécessité d'écologie politique, en rupture avec les logiques dominantes, se fait toujours plus sentir.
Le cycle électoral et politique 2007-2010 se termine. Il est marqué par une forte abstention populaire, par une remontée des scores du Front National, par un mouvement de balancier favorable au Parti socialiste. Mais l’écologie politique s'est imposée comme troisième force politique même si elle a reculé par rapport aux dernières élections européennes.
Néanmoins cet ancrage électoral doit encore plus s'enraciner dans la société, les mouvements sociaux, et les classes populaires qui se reconnaissent de moins en moins dans le processus électoral et le manifestent à travers leur abstention. Le politique ne peut se limiter au temps électoral et à la désignation de candidats à élire. Les élu-es doivent certes être présents auprès des citoyen-nes, dans les mouvements, mais Europe Écologie doit également innerver l’ensemble des composantes de la société. La coproduction est un mouvement continu et non uniquement limitée au temps de l’élaboration des programmes.
L’altermondialisme vient de vivre deux temps forts et entre dans une nouvelle phase historique de son développement. Comme les manifestant-es le clamaient « Changeons le système, pas le climat » À Copenhague, la société civile a exprimé son envie d’un autre monde et Cochabamba a vu l’émergence d’une nouvelle alliance propositionnelle entre les militants écologistes et sociaux du Sud et du Nord, les pays progressistes et les ONG. Principale composante de l'écologie politique, Europe Écologie doit tenir sa juste place dans ce mouvement, en être simultanément un acteur et un relais politique institutionnel fiable. Il faut assumer les clivages, refus des marchés financiers carbone, refus du nucléaire comme forme d’énergie « alternative », refus des solutions techniciennes comme la géo-ingénierie, le productivisme, le capitalisme vert...
Face à ces enjeux et cet état de la société, nous sommes un certain nombre, à être inquiets de la tournure que semble prendre la construction de la future structure post Europe Écologie.
Le manque de transparence et de démocratie, le non-respect des procédures collectives, la starisation/médiatisation -certes aujourd’hui inévitable mais qui prend une prégnance fatale-, la valse des égos, tout ce qui était reproché aux Verts, persiste aujourd’hui dans les procédures.
La construction d’un mouvement politique se fera en quelques années. Il nous faut avancer étape par étape. L’étape de fin 2010 est une étape importante. Elle doit être une ébauche, un premier canevas ouvert, mais représentatif des valeurs que nous portons. Nous devons construire un mouvement populaire, avoir un rôle de transmission et d'échanges des savoirs, organiser des forums écologiques et sociaux locaux, faire remonter les idées, s’ancrer dans les luttes… La construction organisationnelle ne peut être séparée du respect des valeurs féministes, fédéralistes, démocratiques, de propositions sur les contenus et d’actions sur le terrain. Les fins sont toujours dans les moyens que nous nous donnons.
Nous sommes au carrefour des chemins. Le pire comme le meilleur peut advenir. Il faut sortir des petites histoires de personnes. Il est temps de mettre en place des structures démocratiques et légitimes, respectueuses de la proportionnelle, de la parité, des minorités, des diversités, de la majorité qualifiée. Tout d’abord, il nous parait nécessaire que soient convoqués, région par région, les adhérent-es au processus Europe Écologie afin d’élire les membres des Comités d’Animation et de Pilotage Régionaux dans une phase transitoire pour organiser les débats et les échanges d’information :
- Forme politique et organisationnelle : fédération avec également possibilité d’adhésion directe ? « Verts maintenus » et un réseau associé ? Nouveau Parti Écologiste avec disparition des anciennes formes d’appartenance ?, autorisation des tendances ?
- Multi ou mono appartenance ?
- Modalité de désignation des candidats ? Inventer des méthodes qui fassent « tourner » les profils (tirage au sort ?), statut et place de l’élu, contrôle et valorisation du travail des élus, respect du non cumul des mandats... ?
- Mise en place de mesures de prévention et de médiation internes (contrôle financier, organiser la transparence financière, contrôle statutaire, commission de résolution des conflits…)
- Assurer l’ouverture et le lien avec les acteurs externes : fonctionnement des ateliers coopératifs thématiques définissant statutairement l’ouverture et la participation des acteurs associatifs, syndicaux, intellectuels.
Il est essentiel de dissocier la construction d’Europe Écologie des seuls enjeux liés aux échéances électorales. Europalter est une mouvance d’Europe Écologie qui s’est réunie une première fois à Nîmes lors des journées d’été 2009. Elle entend contribuer à la construction de ce mouvement comme à celle du projet.
Nous devons prendre le temps nécessaire et nous donner les moyens démocratiques pour élaborer ce projet. Celui-ci doit s’inscrire dans une remise en cause radicale des modes de production et de consommation actuels. « Notre écologie lutte contre les inégalités sociales et environnementales. C’est une force capable de subvertir les dominations. Cette écologie populaire n’est pas un luxe pour les riches, elle est une nécessité, en particulier pour les plus pauvres, qui sont les premiers à souffrir des maladies au travail, de la malbouffe ou des dérèglements climatiques.
La répartition des richesses est au cœur de notre démarche, tant il est vrai que ce sont nos modes de vie et de production actuels qui détruisent la planète et accroissent les inégalités au Nord comme au Sud. Mais une nouvelle répartition des richesses ne peut pas faire l’économie d’une nouvelle définition de la richesse elle-même. La croissance à tout prix, au prix de la qualité de la vie, de la souffrance au travail, ou de la destruction de nos cadres de vie, est un problème, en aucun cas une solution. » (Appel fondateur d’août 2009)
La prise en compte de l’écosystème et du rapport de l'être humain au monde est incompatible avec le processus d'accumulation du capital dans un monde fini et l’exploitation capitaliste.
La réalité de la conflictualité sociale et de la violence qu’ils génèrent ne peut être niée.
Instaurer une justice sociale et environnementale est une nécessité. L’autonomie est en ce sens une valeur incontournable.
« Tant qu’on raisonnera dans les limites de cette civilisation inégalitaire, la croissance apparaîtra à la masse des gens comme la promesse - pourtant entièrement illusoire - qu’ils cesseront un jour d’être « sous-privilégiés », et la non-croissance comme leur condamnation à la médiocrité sans espoir. (…) Or c’est l’inverse qu’il faut affirmer pour rompre avec l’idéologie de la croissance : seul est digne de toi ce qui est bon pour tous. Seul mérite d’être produit ce qui ne privilégie ni n’abaisse personne. Nous pouvons être plus heureux avec moins d’opulence, car dans une société sans privilège, il n’y a pas de pauvres. » André Gorz, « Leur écologie et la nôtre » (avril 1974)
Signataires :
Isabelle Agier Cabanes, Françoise Alamartine, Martine Alcorta, Roseline Amelot, Sylvette
Amestoy, Jérôme Artaz, Laurent Audouin, Elhadi Azzi, Francine Bavay, Marie-Christine Belouin,
Gilles Bénard, Malika Benarab Attou, Claude-Marie Benson, Stephane Bernard, Jean-Jacob Bicep,
Alain Blanc, Gérard Blanc, Alban Blanchard, Dominique Blanchard, Jorge Bocanegra, Michel
Bock, Nicolas Bonnet, Robert Bordin, Alima Boumediene-Thiery, Michel Bourgain, Claude Bourgade, Jacques
Boutault, Pierre Boyer, daniel Breuiller, Eliane Brousse, Alain-François Calderon, Nicolas Calvet,
Priscilla Cassez, Jean Chambeau, Armelle Chevassu, Pierre Christophe, Daniel Compère, Yves
Contassot, Sergio Coronado, Emmanuelle Cosse, Alain Coulombel, Bernard Crozel, Adèle Côte,
Jean-Marc Delaunay, Karima Delli, Stanislav Demidjuk, Monique Dental, Daniel Deriot, Jérôme
Desquilbet, Francoise Diehlmann, Manuel Domergue, Fabrice Doublet, Pierre Nadir Doumadji, Bernard Dreano, Véronique
Dubarry, Benoît Ducasse, Jean-Paul Dugoujon, Françoise Duthu, Patrick Farbiaz, Rémi Fargeas,
Jean-Luc Fauche, Annie Gaillat Bournat, Roger Girard, Thomas Giry, Jérôme Gleizes, Jean-Marie
Goater, Claire Grover, Alain Gruenais, Vivien Guihard, Gwendoline Delbos-Corfield, Michel
Hamon, Monique Hamon, Marie-Isabelle Heck, Erik Hedreul, Max Horde, Simon Imbert-Vier,
Ghislaine Jeannot Pages, Cécilia Joxe, Benjamin Joyeux, Tudi Kernalegenn, Katherine Koffinet,
Patricia Kokoszynski, Jean Lafont, Annie Lahmer, Marc Lasaygues, Yannick Lavenne, Jean-Paul
Le Pohon, Safia Lebdi, Julien Lecaille, Gilles Lemaire, Michele Lemaitre, Marie-Geneviève
Lentaigne, Gérard Leras, Xavier Lhomme, Martine Lougnon, François Lotteau, Élise Lowy, Paul
Lowy, Josiane Lowy, Dominique Luangpraseuth, Pierre Lucot, Jacob Lumier, Zine-Eddine M’Jati,
Georges Magnier, Claire Mallard, François Maillard, Laurent Mallet, François Mandil, Olivier
Marouzé, Lucia Martini-Scalzone, Abderrahmane Marzouki, Dominique Mathieu-Vérité, Caroline
Mécary, Christian Métairie, Laurent Moccozet, Claire Monod, Lydia Morlot, Daniel Mosmant,
Dany Neveu, Frédéric Neyrat, Hocine Oumari, Hélène Pecccolo, Jocelyne Pellet, Bernard Pere,
Jacques Perreux, Patrick Petitjean, Evelyne Perrin, Olivier Péray, Gerard Peuriere, Anne-Marie
Quenisset, Pierre Rémy, Annette Rimbert, Didier Claude Rod, Pierre Salane, Éros Sana, Yves
Sauvage, Eric Sicard, Marc Simon, Mylène Stambouli, Alain Stock, Lisette Sudic, Frédéric Supiot, Jean-Marc
Tagliaferri, Matthieu Theurier, Slimane Tir, Jean-Luc Touly, Annie Turon, Kristina Wagner,
Michel Wilson, Raphael Yem, Muttiah Yogananthan, Amigo Yonkeu. (152)


Commentaires
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Comment ne pas être d'accord avec ce communiqué! Mais je m'étonne de voir parmi les signataires des personnes qui adhèrent à ces propositions pour en faire fi dans leur pratique quand cela les arrange. C'est pourquoi je regrette de ne pas pouvoir accoler mon nom aux leurs.