Un courrier de Gilles Bénard dit Ramulaud qui circule dans les réseaux de la gauche alternative.

Chers amis

Depuis 15 ans environ (Juquin, Fiterman, 2002 et les appels, Alternative à Gauche-Ramulaud, Alternative Citoyenne, Régionales, Européennes, Présidentielles, et aujourd'hui encore Régionales sans compter les implications quotidiennes de terrain), j'ai accompagné celles et ceux qui, comme vous, essaient de réunir et juge nécessaire l'union des gauches alternatives, de la rue aux urnes, en essayant de renouveler les pratiques et les personnes. Malgré les grandes intelligences au sein de ces mouvances, l'intelligence, elle ne me semble plus y être. L'union est un combat... devenu épuisant pour tous et d'abord pour ceux qui nous regardent, nous attendent et que nous prétendons aider à se réapproprier des outils pour se battre et "bien vivre" .

Qu'il ne soit pas possible de créer ce rassemblement n'est pas lié qu'à des questions techniques ou organisationnelles.

  • Il est question de l'élévation du niveau d'exigence intellectuelle des "publics" que nous visons!!, niveau que nous sous-estimons, empêtrés dans les archaïsmes de la "mouvance".
  • Il est question de la sortie de la politique nostalgique et encombrée de tabous et d'idéaux figés (sur les problématiques du travail, des migrants et de l'altérité, des visions politiques décentralisées et anti nombrilistes, de la très fondamentale question Européenne, etc...) et nous n'en sortons pas et nous trouvons, à cause des mêmes archaïques, en incapacité de débattre de tout sans réserves, de reconstruire ensemble et de renouveler un idéal commun.
  • Il est question de temporalité, de la conscience de la finitude qu'apporte la modernité et les nouvelles communications, et certains en sont encore à se chamailler sur les questions de la participation aux exécutifs pendant que le capitalisme détruit tout ce qui a été gagné par nos pères et qu'entrent dans un nouveau moyen âge, des catégories de plus en plus importantes de citoyens mondiaux.
  • Il est question de l'acceptation de l'incarnation, de la reconnaissance de leaders, "ceux qui voient la rivière couler sous la terre avant qu'elle ne jaillisse", et nous est imposé une tête de liste qui sera tirée par cette liste des régionales au lieu d'une autre, Patrick Braouezec, qui l'aurait tirée et qui aurait probablement réalisé l'union la plus large.

Last but not least comme ils disent dans Libé, les tentatives d'essor de notre entreprise sont sans cesse contrariées, voir plus si pas affinité, par les dirigeants d'une organisation relookée, jouissant de sa position victimaire post-piolet et mettant la barre toujours un cran plus haut que ce que collectivement la situation permet de sauter d'une part et d'autre part par les dirigeants d'un organe mort vivant post-terroriste intellectuel nostalgique de son emprise totalitaire, et en certains lieux sanglante, sur la gauche.

Pendant ce temps là, un regroupement moderne aux yeux de nos concitoyens s'est opéré près de nous, mélange de "carpes et de lapins" (pas plus que notre pseudo rassemblement perpétuellement avorté), attiré par le social écologique, confus dans son analyse de classe comme dans ses alliances, portant à la fois des projets sociaux modernes, féministes, écologiques, des propositions de système de production et de consommation réellement différents tout en croyant, pour part d'entres ses participants, marier ca avec le capitalisme... Mais ca bourdonne et ca semble intelligent.

Ca nécessite que les tenants de l'idée de la lecture de classe , de l'idée que le capitalisme est antinomique à tout projets social et écologique, d'un point de vue anthropocentriste, s'y investissent. Oui ,car au moins là, il y a un vrai combat à mener.

Vous l'avez compris, je m'éloigne de notre mouvance alternative sociale dont je sens le chant du cygne.

Je vais essayer avec d'autres de porter mes idées inchangées et mes combats au sein de la mouvance écologique, de participer à tirer tout ca "à gauche" en attendant que de là peut être reparte l'idée d'un vrai sens politique, d'un nouveau mouvement progressiste, d'une métamorphose comme dit Edgar Morin dans lesquels les intelligents à qui j'écris aujourd'hui se retrouveront sans doute.

Vous restez mes amis politiques, et personnels pour certains d'entre vous

Gilles Bénard dit Ramulaud