L'altermondialisme plus vivant que jamais ! - Réponse à Jacques Nikonoff
Par Elise Lowy le samedi 8 août 2009, 23:13 - Analyses et commentaires - Lien permanent
Réponse à Jacques Nikonoff
Par Evelyne Perrin
Il est soit savoureux, soit désopilant, de voir Jacques Nikonoff, qui ne fut pas pour rien dans la crise traversée par ATTAC lorsqu’il en était président, décréter le déclin de l’altermondialisme. Dans sa tribune dans Libération du 7 août, on peut lire que « la galaxie altermondialiste est aujourd’hui dans l’impasse et tourne en rond, au moment où, paradoxalement, la crise légitime son action passée. » Ainsi, il n’existerait plus de grands rassemblements altermondialistes, et aucun Forum social national n’aurait vu le jour en France. Enfin, le mouvement altermondialiste aurait été totalement absent de la campagne des élections européennes.
Que de contre-vérités pour quelqu’un qui prétend au statut de spécialiste de l’altermondialisme ! Il est plaisant de lire ces lignes au moment même où se réunissent à Notre-Dame-des-Landes, pour le Camp Action Climat « une mosaïque d’activistes environnementalistes décidés à en finir avec l’immobilisme des négociations internationales », lit-on dans Libération du même jour. Jacques Nikonoff ne semble pas en avoir été avisé, ni en faire partie.
De même, sans doute est-ce que parce que sa présence y aurait été inaperçue que Jacques Nikonoff ne dit pas un mot du Forum Social Mondial de Belem en janvier 2009, où des milliers d’activistes environnementaux de toute la planète se sont réunis et ont élaboré une quarantaine de résolutions, et où les peuples indigènes de l’Amazonie ont apporté une contribution décisive. Les décisions prises à Belem trouvent une concrétisation en ce moment même sous nos yeux, dans la préparation internationale du Sommet de Copenhague de décembre 2009 dans laquelle sont engagés des mouvements très divers et très larges et toute la composante altermondialiste dont les ATTAC de différents pays. Sans-doute est-ce un signe de déclin ?
ATTAC-France lui-même a su surmonter la crise très grave qu’il a traversée lorsque certains de ses membres(1), dont Jacques Nikonoff, ont voulu le transformer en mouvement politique. ATTAC est ainsi passé de plus de 30 000 adhérents en 2003 à 12 500 l’été 2007, pour se stabiliser depuis autour de 14 000. ATTAC « structure encore une partie non négligeable de l’espace contestataire antilibéral : une quarantaine d’associations, syndicats, fédérations syndicales, journaux et une douzaine de personnes physiques composent le collège des fondateurs.(2) » L’association a joué un rôle essentiel dans la campagne du NON au référendum de 2005 et a pris nettement position pour les listes antilibérales lors des élections européennes de juin 2009. Est-ce là un signe de déclin ?
Jacques Nikonoff fait partie de ces militants associatifs contaminés par le virus politicien et partidaire, qui ne conçoivent de militer dans une association qu’en tant que dirigeant, et qui estiment lorsqu’ils ne le sont plus que ladite association n’existe plus(3). Heureusement pour le mouvement social, de tels comportements sont rares. On y trouve plutôt des talents qui savent se mettre au service du bien commun.
Evelyne PERRIN, membre d’ATTAC, militante d’AC ! et de Stop Précarité, auteur de « La fabrique du nouveau ; crise et renouveau du politique », à paraître.
1 - Certains n’hésitant pas à recourir à la fraude lors des élections de la structure décisionnelle d’ATTAC…
2 - Claude POLIAK, « Attac : aux frontières du champ politique », in Bertrand GEAY et Laurent WILLEMEZ (coord.) , Une gauche de gauche, P aris, Ed. du Croquant, avril 2008, pp. 75-90.
3 - Après avoir contribué puissamment à la crise d’ATTAC, Jacques Nikonoff mis en disgrâce s’est empressé de créer un nouveau mouvement dont il est président, le M’PEP…


Commentaires
Finissons-en avec les mesquineries !
ATTAC et les altermondiallistes ont répondu à toutes les thématiques lancées par Appel des mouvements sociaux FSE Malmö en septembre 2008.
http://amitie-entre-les-peuples.org...
Le niveau des questions posées par les multiples crises et l'ampleur des réponses théoriques et pratiques au capitalisme productiviste montrent que l'on peut s'appuyer sur l'altermondialisme pour enclencher une émancipation humaine nécessaire et possible. C'est réconfortant mais cela nécessite une unité soutenue. Ce qui ne saurait nuire au débat. Mais à un débat de construction positive de l'avenir.
Christian DELARUE